Les dangers de la rivière

Les barrages – Nature du danger

Un barrage est un ouvrage qui fait obstacle sur la rivière. Son rôle est de créer une dénivellation entre l’amont et l’aval. Cette dénivellation est exploitée depuis l’antiquité pour faire fonctionner un moulin, approvisionner des canaux d’ irrigation, créer un bief navigable en amont. Au cours du XXe siècle des ouvrages plus imposants ont été construits pour produire de l’électricité, créer des plans d’eau destinés à la régulation des eaux ou aux activités de loisir.Sur nos rivières coexistent donc des barrages de taille et de conception très variées dont certains sont ruinés ou désaffectés.

Un ralentissement du courant annonce le bief amont d’un barrage. Les barrages de conception ancienne peuvent se limiter à une chaussée ou un seuil. Ils barrent souvent la rivière en diagonale ou en V pour mieux amortir les variations de débit. Ils fonctionnent par surversement et engendrent des rappels à leur pied. Quelques barrages fonctionnent encore avec un dispositif de régulation à aiguilles, pièces de bois amovibles, qui peut attirer et drosser une embarcation venant de l’amont. La régulation du niveau en amont peut également se faire par des vannes : celles qui lâchent l’eau par le bas peuvent créer un siphon en amont alors que celles qui s’abaissent et lâchent l’eau par le haut génèrent souvent un rappel. La régulation du niveau d’eau et l’approvisionnement de turbines peuvent se faire par des canalisations qui aspirent contre des grilles.

L’automatisation des vannes et turbines est habituelle sur les barrages en exploitation. Elle crée un danger supplémentaire en modifiant soudainement et sans contrôle humain les mouvements d’eau en amont et en aval.
Les bras d’alimentation d’usine ou de moulin peuvent se révéler être des pièges mortels: ne jamais s’engager dans le bras de dérivation menant vers un barrage ou un moulin.
On retiendra que s’approcher trop près d’un barrage par l’amont expose à un dessalage et une aspiration dans un siphon ou contre une grille, voire à une aspiration dans une vanne lors de son ouverture automatique. Le courant d’amont peut être assez fort pour attirer dans une vanne ouverte ou dans un déversoir.
Franchir un barrage expose à une capture dans un rappel, au coincement dans un radier, à l’embrochage sur une ferraille.
Les contre-courants en aval peuvent entraîner une embarcation vers le pied du barrage avec capture dans un rappel : après rembarquement ne pas s’approcher du pied de barrage, mais s’éloigner rapidement.
La crue du cours d’eau, reconnaisable par des berges submergées, des eaux terrreuses, un fort courant, des épaves flottantes (branchages), aggrave ou démasque le risque mortel d’un barrage.

Le rappel

Ce phénomène est dû à la dénivellation, à l’affouillement au pied de la chute d’eau, au différentiel de vitesse des courants amont/aval ou à la forme d’une vanne : il se produit un ressaut hydraulique avec contre-courant de surface qui rappelle indéfiniment les objets flottants sous la chute d’eau. L’eau est émulsionnée et perd son pouvoir porteur : I l est impossible de se maintenir à la surface ou de nager vers l’aval. La victime suffoque, est roulée, désorientée, contusionnée par les chocs contre le radier. Elle peut se protéger en s’aggrippant à son embarquation (équipée de réserves de flottabilité), fond tourné vers le chute. L’eau est évacuée par le fond, mais la présence d’un radier fait de blocs de pierre ou de béton interdit habituellement cette issue.

Pour un pagayeur, le rappel est la principale cause de noyade en rivière.

Un rappel est reconnaissable à ses eaux émulsionnées (écume, mousse) et aux  divers objets flottants qui y sont retenus. Il peut être bordé par des contre-courants qui attirent vers la chute d’eau. Même si le dénivelé est faible, le danger peut être mortel et justifie la prudence.
Franchir un barrage n’est en aucun cas un exploit : cet obstacle artificiel n’est pas considéré comme une difficulté de la rivière.
Lors d’une tentative de sauvetage, un secouriste pénétrant dans un rappel doit être soigneusement encordé et assuré par un équipier placé plus en aval.

Reconnaitre la présence d’un barrage

Les barrages figurent sur les cartes IGN au 1/25000 sous forme d’un trait noir barrant le tracé du cours d’eau. Les ouvrages ruinés ou temporaires (pont de chantier) peuvent être omis. Les topo-guides pour le canoë-kayak publiés en librairie ou disponibles sur internet renseignent avec précision sur la présence de barrages, d’une passe à canoë ou sur leur contournement par portage.
Sur les itinéraires fréquentés par les pagayeurs, une signalisation spécifique au canoë et au kayak peut être mise en place. Sur les rivières navigables, la signalisation destinée à la navigation doit être connue ; elle est parfois dégradée et masquée par la végétation lorsque le bief n’est plus fréquenté. Lorsqu’une règlementation existe, des panneaux, une chaîne ou une ligne de bouées délimitent une zone d’interdiction qu’il convient de respecter.

Les dispositifs de franchissement d’ouvrages

Les commissions du Patrimoine Nautique tant nationale que régionales travaillent à leur généralisation sur les parcours fréquentés par les pagayeurs. Ces dispositifs doivent être adaptés et correctement balisés en tenant compte des recommandations de la FFCK publiées dans le cahier technique « Dispositifs de Franchissement d’Ouvrages ». Ce n’est pas toujours le cas… Avant de s’engager dans une passe à canoë, un débarquement en amont s’impose pour vérifier les conditions de franchissement : hauteur d’eau dans les limites de l’échelle de niveau, absence d’obstacle obstruant la passe, sortie libre, absence de mouvements d’eau dangereux en zone de réception. Au moindre doute, il faut faire un portage ou passer le bateau seul à la cordelle. Topoguides, loueurs ou clubs locaux fournissent une information précise sur les conditions d’utilisation des passes à canoë.